La transition ne se décrète pas. Elle se construit entre pratique et théorie.
Constat La situation écologique est grave et urgente.
Les neuf frontières planétaires définissent l’espace sûr dans lequel l’humanité peut évoluer sans augmenter les risques de déstabiliser les systèmes qui rendent la Terre habitable. Nous en avons franchi sept sur neuf. La situation écologique est grave.
Il y a deux drivers de ces dégradations, deux causes qui permettent d’expliquer environ 80 % des impacts environnementaux de l’humanité : l’usage des énergies fossiles et le système agroalimentaire.
Mon action cherche à toucher à ces deux leviers. Par la pratique agricole et par mon travail intellectuel sur la partie énergie-climat.
Le climat n’est pas la seule urgence, mais c’est la plus grave, la plus rapide et celle qui en cascade aggrave toutes les autres. C’est là que je concentre mon énergie.
Méthode Baisser les impacts d’abord. Changer les modes de vie si nécessaire.
Je suis pragmatique. La boussole est simple : réduire les émissions de gaz à effet de serre, la pression sur la biodiversité, la consommation de ressources, par les voies les plus rapides, les plus massives, les plus acceptables socialement et les moins coûteuses.
Cela implique un ordre de priorité que j’assume :
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1Électrifier la demande
Remplacer les usages fossiles (chauffage, transports, industrie) par des équivalents électriques là où la technologie le permet déjà : climatisations réversibles/pompes à chaleur, véhicules électriques, batteries thermiques pour l'industrie…
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2Produire une électricité décarbonée et abondante
Solaire et éolien seront la colonne vertébrale de cette production au niveau mondial. Le nouveau nucléaire est malheureusement trop lent, trop cher et mal accepté par bon nombre de pays pour jouer un rôle important. Il faut donc penser le système dans sa globalité pour accueillir une part très importante de production variable.
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3Repenser les usages quand c’est nécessaire
Sobre ne veut pas dire appauvri. Deux secteurs (la viande et l’aviation longue distance) n’ont pas d’équivalent bas-carbone prêt à l’emploi et compétitif pour l’instant. Là, oui, il faut interroger les modes de vie.
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4Intégrer le social
L'écologie est politique, mais ne peut pas se permettre d'être clivante. Nos modes de production et de consommation résultent de choix, et d'intérêts puissants qui freinent le changement. La transition implique une transformation profonde, portée par des valeurs de justice et de démocratie. Mais une transition qui braquerait la majorité échouerait. Et ce sont les plus vulnérables, ceux qui subissent déjà les dégâts écologiques sans en être responsables, qui en paieraient le prix. Tenir l'Accord de Paris et transformer notre modèle agro-alimentaire ne peut pas dépendre des alternances partisanes. Ce doit être un socle commun.
Malentendu Ni technolâtre, ni décroissant intégral. Les deux camps se trompent de cible.
Ce que certains voient en moi
« Il croit que la technologie va tout résoudre sans remettre en question nos modes de vie. »
Ce que d’autres voient en moi
« Il veut nous ramener à l’âge de pierre sous couvert d’urgence climatique. »
Je suis simplement quelqu’un qui lit les données, qui se salit les mains, et qui refuse que l’urgence réelle soit sacrifiée sur l’autel des postures confortables.
Cohérence La théorie sans la pratique est vaine. La pratique sans la théorie est aveugle.
J’écris des rapports sur l’impact de la décarbonation sur l’ensemble des frontières planétaires. Et je construis ma maison en paille. J’analyse les trajectoires d’émissions mondiales. Et je surveille mes légumes par -5 °C le matin.
Ce n'est pas une contradiction : c'est ma légitimité. Être agriculteur, c'est vivre le changement climatique de plein fouet. L'été 2026 est paradigmatique de ce que nous allons subir. Des canicules en série et une sécheresse inédite par son intensité et sa durée ont mis à genou le secteur agricole. Quand on affronte soi-même ces épreuves, on devient crédible pour entraîner les autres dans le changement, malgré la difficulté. C'est ce qui me distingue de ceux qui prêchent la transition depuis leur tour d'ivoire et leurs locaux climatisés.
Je ne choisis pas entre la plume et la pelle parce que l’une sans l’autre est insuffisante. La plume donne de la rigueur à l’action. La pelle donne de la chair à la pensée.
C’est ce que j’appelle la transition par la tête et le corps, comprendre finement les mécanismes systémiques et, en même temps, incarner concrètement les alternatives qu’on promeut. Pas pour donner des leçons. Pour avoir quelque chose de réel à proposer.
Invitation La transition est un chantier collectif. J’y apporte ma part, j’y cherche des compagnons.
Je ne fais pas de la sensibilisation et de la formation par obligation morale. Je le fais parce que cette planète m’émerveille, parce que le défi intellectuel est immense, et parce que les solutions existent. Elles attendent d’être comprises, désirées, mises en œuvre.
Mes ateliers, mes écrits, mes conférences, ma ferme, ma maison en construction : tout cela est une invitation. Pas à reproduire mon chemin, mais à trouver le vôtre, avec rigueur et enthousiasme, dans cet aller-retour permanent entre savoir et faire.
La transition écologique n’est pas un sacrifice.
C’est la reconquête d’un rapport au monde plus lucide, plus sobre et, finalement, plus riche.
Si ce manifeste résonne en vous, en partie ou en totalité,
alors nous avons quelque chose à faire ensemble.
Arthur de Lassus, agriculteur, expert énergie-climat