Pourquoi la climatisation est un atout indispensable pour s'adapter et lutter contre le réchauffement climatique
Pour un droit à la fraîcheur
Paris
Paris dans le futur Il fera bien plus chaud. Dans la simulation, vers la fin du siècle, une canicule de 60 jours à 50 °C se produit
Une clim réversible Un seul appareil : froid l'été, chaud l'hiver.
Sans protection solaire 73 % de la chaleur entre par les fenêtres : le volet est le premier levier.
Végétaliser, oui Marcher à l'ombre plutôt qu'en plein soleil.
Habitable Un lieu où la vie reste possible, partout.
En intérieur
15 h 15 h
de stress thermique en intérieur (> 26 °C), par jour de canicule
En extérieur
20 h 30 X h
de stress thermique dehors, par jour de canicule
À quel point va-t-on souffrir de la chaleur dans le futur ?
1 / 16 · Le point de départ
À Paris, 15 heures de stress thermique en intérieur par jour de canicule
On parle de stress thermique à partir de 26 °C.
Ce niveau de souffrance thermique n'est pas acceptable : nous allons voir quelles solutions on pourrait mettre en place pour le baisser.
Le plus simple serait de planter des arbres, non ?
2 / 16 · Végétaliser
10 % de parcs à la place des bâtiments
15 h 14 h 59
Une minute gagnée : c'est dérisoire.
On entend beaucoup parler des végétaux, qui seraient des climatiseurs. C'est vrai seulement à la marge : 1 minute gagnée en intérieur, 10 minutes gagnées en extérieur. La végétalisation massive n'est pas une solution à la bonne échelle.
Et si on isolait vraiment bien tous les bâtiments ?
3 / 16 · Isoler
Isoler tous les bâtiments
15 h 13 h 20
Le meilleur des « alternatives », et pourtant loin du compte.
On renonce aux parcs supplémentaires et on isole tout le bâti parisien en catégorie A ou B du DPE. On gagne 1 h 40 : c'est mieux que la végétalisation, mais clairement insuffisant. Avec les canicules que nous aurons, les nuits seront trop chaudes : il ne sera plus possible de refroidir les logements par surventilation nocturne et d'utiliser l'isolation la nuit pour ralentir la pénétration de la chaleur.
Et si on irriguait les végétaux pour qu'ils rafraîchissent l'air ?
4 / 16 · Irriguer
Irriguer la végétation
15 h 14 h 40
Vingt minutes gagnées… et plus d'eau en aval.
Si on utilise de l'eau pour irriguer les végétaux afin qu'ils jouent au maximum leur rôle refroidissant, alors on gagne 20 minutes ; mais surtout, la consommation d'eau est égale au débit de la Seine. Cette solution n'est pas généralisable.
Et en combinant les trois, ça donne quoi ?
5 / 16 · Cumuler
Isolation + végétalisation + irrigation
15 h 13 h
2 h gagnées, des milliards d'euros, et 13 h de stress thermique encore.
En cumulant les trois solutions, on passe de 15 h à 13 h par jour de canicule. C'est un niveau de stress thermique inacceptable, malgré le déploiement de mesures très ambitieuses et très coûteuses. Ces mesures sont présentées comme des alternatives à la climatisation : elles n'en sont pas. Ce sont de petits compléments.
Et si on climatise à fond, ça donne quoi ?
6 / 16 · Climatiser
Climatiser tout Paris à 23 °C
15 h 20 min
On change d'échelle : de 15 heures à 20 minutes.
On installe une climatisation partout, réglée à 23 °C en intérieur. Le stress thermique passe de 15 heures à 20 minutes par jour de canicule. La climatisation est le seul moyen d'obtenir un niveau de confort décent l'été dans les décennies à venir, à cause du réchauffement climatique.
Mais ça réchauffe l'extérieur, non ?
7 / 16 · La question qui fâche
Mais la clim réchauffe l'extérieur, non ?
20 h 30 20 h 40
En extérieur. L'objection est réelle : elle coûte 10 minutes par jour.
En rejetant la chaleur des logements dans la rue, la climatisation réchauffe bien l'extérieur : le stress thermique dehors passerait de 20 h 30 à 20 h 40 par jour de canicule. Les inconvénients en extérieur sont faibles au regard des bénéfices en intérieur : dix minutes dehors, contre quatorze heures quarante de souffrance en moins dedans.
Mais est-ce que ça coûte cher de faire tourner une climatisation ?
8 / 16 · Le coût à l'usage
Faire tourner une clim, ça consomme...
≈ 1 frigidaire à l'année
Aujourd'hui, une climatisation fixe consomme entre 250 et 420 kWh par an selon les sources : de l'ordre de grandeur d'un réfrigérateur combiné, environ 350 kWh par an. La clim mobile, elle, consomme deux à trois fois plus qu'une fixe pour le même effet. Avec le changement climatique, la consommation montera un peu dans la décennie à venir, mais l'usage reste raisonnable.
À l'année, une clim ne pèse pas plus lourd qu'un gros électroménager.
J'ai entendu qu'une clim peut être réversible, qu'est-ce que ça veut dire ?
9 / 16 · La clim réversible
Une clim, ça ne sait faire que du froid ? Non : elle chauffe aussi
Froid l'été et chaud l'hiver, avec un seul appareil
Ce que l'on appelle « climatisation » est aujourd'hui une pompe à chaleur réversible : l'été, elle déplace la chaleur du logement vers l'extérieur ; l'hiver, elle fait exactement l'inverse, et chauffe le logement.
Un appareil pour deux saisons : on ne paie pas deux fois.
Chauffer avec une clim, ça coûte cher ?
10 / 16 · Le chauffage
Chauffer coûte moins cher qu'au gaz
3× moins cher que de se chauffer à l'électricité avec un radiateur
À l'usage, une pompe à chaleur coûte moins cher que le gaz, et environ trois fois moins cher que de se chauffer avec un radiateur électrique, à service rendu égal. Autrement dit : la climatisation fait baisser la facture de chauffage et elle remplace un chauffage plus polluant.
Où est le rapport avec le climat, au juste ?
11 / 16 · Les bénéfices
Une opportunité pour quatre raisons
- S'adapter au changement climatique : protéger les personnes fragiles là où elles vivent, plutôt que de compter sur la seule baisse des températures de la rue.
- Baisser les émissions à la racine : une climatisation réversible remplace une chaudière au gaz ou au fioul : donc moins de gaz brûlé, moins de CO₂, et une décarbonation du chauffage.
- Arrêter de dépendre du gaz importé, et donc de pays qui ne sont pas nos alliés, dans un contexte où le gaz est devenu une arme.
- Améliorer le pouvoir d'achat des Français : à usage comparable, la pompe à chaleur coûte moins cher que le gaz ou le radiateur électrique.
C'est un peu trop beau pour être vrai, non ?
12 / 16 · Les limites
La climatisation reste insuffisante pour une adaptation à la hauteur des enjeux
−50 % au maximum de morts liées à la chaleur, même en climatisant tous les bâtiments
Si la climatisation est nécessaire, elle est clairement insuffisante. D'après les études, climatiser tous les bâtiments réduirait au mieux de 50 % la mortalité liée à la chaleur. Il reste donc beaucoup d'autres choses à faire : points d'eau et fontaines, suivi des personnes fragiles, ouverture de lieux publics frais, information, adaptation des horaires de travail.
Mais il n'y a pas que la mortalité comme problème, non ?
13 / 16 · Se protéger
Se protéger du soleil avant de le combattre
73 % de la chaleur entre par les fenêtres, sans protection solaire
Dans une maison typique française, sans protection solaire, la chaleur entre d'abord par les fenêtres, puis à travers les parois (murs et toit), le reste venant des apports internes : cuisine, appareils, chaleur de nos corps. L'urgence c'est d'équipe les logements français qui sont dépourvus de volet (presque la moitié).
Et avec le changement climatique, il faut aussi accepter que le patrimoine change : accepter des volets et des protections solaires dans des rues ou des quartiers historiques qui n'en avaient pas.
Mais ça va coûter super cher, non ?
14 / 16 · Le coût
Moins cher que de ne rien faire
Comme souvent dans la lutte contre le changement climatique et dans l'adaptation, l'inaction coûte beaucoup plus cher que l'action. Aujourd'hui, on paie déjà, en milliards d'euros, les morts, l'inactivité, la souffrance au travail et la désorganisation des services pendant les canicules.
L'installation d'une climatisation réversible est un coût, c'est vrai. Mais comme elle remplace un chauffage polluant (une chaudière au gaz, par exemple), le surcoût par rapport au chauffage existant est assez faible. Et l'État aurait tout intérêt à subventionner l'installation, à une condition : que la chaudière au gaz ou au fioul soit effectivement détruite.
Faut-il renoncer à végétaliser ?
15 / 16 · La nuance
La végétalisation apporte de nombreux bénéfices
La végétalisation apporte beaucoup de bienfaits : ombre, biodiversité, sols qui s'infiltrent, qualité de l'air, santé mentale. Elle est demandée par la population, et il est évidemment beaucoup plus agréable de marcher en ville à l'ombre qu'en plein soleil.
Le problème n'est pas la végétalisation : c'est de lui demander ce qu'elle ne peut pas faire.
Alors, on fait quoi ?
16 / 16 · Conclusion
Pour un droit à la fraîcheur
La climatisation n'est pas l'ennemie du climat. Bien régulée, orientée en priorité vers la protection des plus vulnérables, elle est l'une de nos meilleures alliées. Ce droit à la fraîcheur viendrait ainsi donner une traduction concrète au nouveau principe d'« habitabilité » que le philosophe Baptiste Morizot et le juriste Laurent Neyret proposent d'inscrire dans le droit, en rappelant qu'aucune vie digne n'est possible dans un lieu devenu thermiquement invivable.
Envie d'en parler ?
Conférence, atelier ou intervention sur la climatisation, l'adaptation et les ordres de grandeur de la transition.
Sources et méthode
- Vincent Viguié et al., « Early adaptation to heat waves and future reduction of air-conditioning energy use in Paris », Environmental Research Letters, vol. 15, n° 7, 2020 : étude sur le stress thermique à Paris pendant une canicule.
- Francesco Sera et al., « Air conditioning and heat-related mortality : a multi-country longitudinal study », Epidemiology, novembre 2020. L'étude présente une baisse de la mortalité observée liée à la climatisation de maximum 20 % dans plusieurs pays et une possibilité que cela monte à 40 % si la climatisation était complètement généralisée.
- Paul Chua et al., « Net impact of air conditioning on heat-related mortality in Japanese cities », Environment International, vol. 181, 2023. Cette étude montre que presque 50 % des morts pourraient être évités grâce à la climatisation.
- SDES, « Consommation énergétique résidentielle par usage », 2026 : la climatisation résidentielle a consommé 1,9 TWh en 2020 et 2,1 TWh en 2023.
- ADEME, « L'équipement des ménages français en appareils électrodomestiques », 2024 : 710 kWh/an pour une climatisation portable (2023), appareil qui consomme deux à trois fois plus qu'une climatisation fixe pour le même effet. En 2020, 25 % des foyers étaient équipés, soit environ 250 kWh/an par climatiseur.
- Pouget Consultants, « Analyse de la base de données DPE au regard du confort d'été passif (éd. 2026) », 2026 : 15 % des foyers équipés, soit environ 420 kWh/an par climatiseur.
- Franck Janin / Heliasol : maison années 1990, R+1, 100 m², de référence pour la répartition des apports de chaleur (protections solaires).
La carte de Paris est une illustration schématique : contours réels des arrondissements (Ville de Paris, licence ODbL), des communes voisines (IGN / Admin Express, licence ouverte), cours de la Seine, emprises des bois de Vincennes et de Boulogne et des grands jardins (© contributeurs OpenStreetMap, licence ODbL), et non une simulation thermique. La planète qui tourne en fin de page est l'image « Bille bleue » de la NASA (satellite Terra, domaine public).